This boy : sur Moi et toi, et Je n'ai pas peur de Niccolo Ammaniti - une lecture critique de Pierre, Alexandre et Stéphane
Souhaitons la bienvenue à
Pierre
lecteur curieux et ouvert
qui devrait profiter de sa
"mise en disposition" * pour lire
encore davantage et participer au blog...
Moi et toi
Dans la chaleur étouffante de l'été 78, dans Les Pouilles italiennes. Un petit village Acque Traverse. Un groupe d'enfants avec leurs jeux, courses, concours, ballades en vélo et ses hiériarchies.
162 pages. Quand vous les tenez entre vos mains vous vous dites, ah oui il sera vite lu. Trop vite lu, pour ceux qui raffole des romans fleuves. Certes. Une à trois heures suffisent. Mais de celles qui marquent. C'est dur de tirer juste ce qu'il faut en écrire pour ne pas gâcher l'envie. 162 pages à la louche 30.000 mots. Lesquels empruntés ? Arracher quelques feuilles à un jeune chêne, c'est lui faire prendre un risque. Mais un jeune chêne, reste un chêne, contenant toute l'énergie de l'arbre adulte. Lire un livre c'est un peu voir grandir un arbre. On ne découvre qu'à la fin l'envergure de sa ramure.
Parfois 162 pages marquent plus que mille.
Moi et toi sort de la bouche d'un enfant, Lorenzo. Un enfant que depuis toujours on dit « différent ». Différent de quoi, différent de qui ? On a mis du temps à l'entendre, mais quand le psychiatre diagnostiqua une hypertrophie du soi. Les parents de Lorenzo tinrent le diagnostique pour grotesque.
Lorenzo le reconnaît pourtant. En dehors de son cercle familial tout lui semble anormal. Ses parents eux sont parfaits. Et sa maman chérie il ne veut surtout pas la blesser. Alors Lorenzo a décidé de jouer la comédie de l'enfant normal aux yeux de tous. Il a fait semblant d'avoir des amis. De se sentir bien à l'école. Un grand théâtre pour ses spectateurs favoris, ses parents.
Un jour Lorenzo intercépte une discussion au collège. Olivia et quelques uns de ses camarades partent au ski à Cortina dans le chalet des parents de cette dernière. Cortina, Lorenzo connait bien, très bien, chaque descente, les meilleurs bosses les raccourcis, et lui aussi aimerait être invité, il le mériterait même. Le début d'un gros mensonge. De ce qui sortent trop vite de la bouche qu'on a pas le temps de rattraper même plein shuss. « Olivia m'a invité au ski ».
Bien sûr que sa mère elle en a les larmes aux yeux, son fils a des amis, qui l'invitent au ski, il est normal...
Arrivé là, le mensonge, Lorenzo ne peut plus s'en défaire. Pour faire illusion, il monte un stratagème, il va passer sa semaine dans une cave. Seul caché avec de l'autobrozant sur le visage. Et quand il reviendra ni vu ni connu du mensonge.
Lorenzo a tout prévu pour occuper son temps sauf... sauf Toi.
Bon parlons du style maintenant. Ammaniti est un sacré malin avec les mots. En trois ou quatre (dans une ambiance pas sujette à la franche rigolade, faut reconnaître) il parvient à faire naitre un joli petit sourire sur le visage. Testé et approuvé. J'ai observé ma femme plongée dans sa lecture.
On pourra aussi dire qu'Ammaniti a le don de parler d'un sujet grave avec beaucoup de légéreté. Ce qui fait que lorsque le grave fend l'air, il transperce et laisse sans voix. Et pour maintenir la légéreté le ton de Lorenzo est particulièrement ajusté à l'innocence de l'enfance.
Pour être complet il faudrait parler de l'auteur avec une plus vaste connaissance. Alors Stéphane, qu'est ce que tu peux nous en dire d'Ammaniti ?
Signé Alexandre
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Peut-être l'ai-je déjà écrit ici, le thème qui me touche le plus en fiction, c'est l'enfance et/ou l'adolescence brisée : ce moment terrible et fascinant où l'innocence est perdue et le personnage bascule -souvent dans la douleur- dans le monde des adultes, ou en reste au seuil de ce monde.
A quelques exceptions près, tous les romans et écrits**** de Niccolo Ammaniti traitent de ce thème. Cela fait de lui un des mes écrivains préférés.
CQFD.
Je n'ai pas pris une note pendant ma lecture. Je n'ai pas pris le temps de m'arrêter pour placer un de ses post-it colorés qui accompagnent normalement toutes mes lectures. Un petit livre qui se lit d'une traite, à la langue simple et puissante. Cette cave et cette rencontre pour Lorenzo, pour Ammaniti, pour nous, ce sont à la fois le rite de passage et la vie même (l'image de la matrice utérine n'aura échappé à personne). Une nouvelle fois Ammaniti construit un univers avec une langue et des personnages singuliers et profondément humains.
Le grand roman de Niccolo reste bien sûr Comme Dieu le veut. Là, sa palette de romancier se déploie avec ampleur et brasse toutes les nuances de gris de nos vies - comme sa puissance narrative, et son humanité.
Signé Stéphane
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* Petite présentation :
** Ce roman a été publié initialement chez Grasset en. Cette édition est aujourd'hui épuisée. Laffont, qui a récupéré Ammaniti l'an dernier, avec La Fête du Siècle, ICI, a eu l'excellente idée de le ré-éditer (d'autant plus excellente que les résonnances entre les deux romans sont nombreuses).
*** L'été où j'ai grandi était la traduction française de la belle adaptation à l'écran. Elle fait justice à l'oeuvre d'Ammaniti. Moi et toi est en cours d'adapation par Bertolucci.
**** Voyez : http://fr.wikipedia.org/wiki/Niccol%C3%B2_Ammaniti
Oeuvres publiées en français :
Dernier réveillon et autres nouvelles cannibales (épuisé)
Branchies (épuisé)
Et je t'emmène (épuisé)
Je n'ai pas peur (Prix Viareggio)
Comme Dieu le veut (Prix Strega)
La Fête du siècle
Moi et toi