Un sac de billes 2 : sur Un Homme Loyal de Glenn Taylor - une lecture critique de Stéphane
Deux ans après le remarquable Ballade de Gueule Tranchée, [ICI] Glenn Taylor revient avec Un Homme Loyal, (en vo : The Marrowbone Marble Company), dans une traduction de Brice Matthieussent (on ne change pas une équipe qui gagne).
La première chose qui saute aux yeux et à la gorge quand on attaque le deuxième roman de Glenn Taylor c'est qu'il vient confirmer tout le bien qu'on avait pensé de lui à propos de Gueule-Tranchée. Il vous attrape immédiatement avec son mélange de rudesse et de poésie, l'apparente facilité avec laquelle il mêle ses histoires à l'Histoire, sa foi dans l'homme, et l'humanité de la foi quand elle n'est pas extrême et quand elle place l'humain au coeur de sa spiritualité. Un Homme Loyal va même au-delà de Gueule-Tranchée : plus ambitieux dans sa galerie de personnages, plus généreux dans son rapport au temps (quelques ellipses de Gueule-Tranchée étaient frustrantes), plus impliqué historiquement. Le roman a du souffle, beaucoup de souffle. Et une force incroyable.
Ça débute comme ça, par la fin, en janvier 1969 :
"Le sol était couleur rouille. Partout, il était criblé de trous gros comme des pièces d'un demi-dollar, certains encerclés de minuscules monticules de terre. C'était un sol dur, presque gelé. Des feuilles sèches et des aiguilles brunes d'épicéa. Un silence aussi profond qu'à l'intérieur d'un cercueil pesait sur tout le paysage."
Orphelin très jeune, Loyal Ledford a réussi à vivre seul. Il est en passe de trouver une nouvelle famille. Il fréquente la fille du patron de la grande verrerie. Mais en 1941, quand il entend l'appel à la mobilisation, Loyal Ledford, ne peut pas ne pas s'engager, dans les Marines. A Guadalcanal il fera l'expérience de la guerre et ses atrocités. C'est un homme ravagé par ces démons là qui rentre au pays. Si sa situation sociale s'améliore avec un mariage et un poste tranquille à la verrerie familiale, son mal-être s'accroît dans cette vie bourgeoise et morne. Aspirant à une vie plus digne et plus juste (ou justifiée), il décide de s'installer sur une terre perdue où vivent deux lointains cousins, les frères Bonecutter, aux origines indiennes et au caractère bien trempé. Il y fonde une sorte de phalanstère autour d'un projet : une usine de billes. La Compagnie de l'Os à Moelle (le titre original) abrite une communauté mixte en des temps où le racisme est encore très présent et très violent. Et les terres de l'Os à Moelle sont convoitées...
Glenn Taylor a non seulement le sens du dramatique (rythme, séquences, dialogues) mais il infuse aussi à son roman un sens permanent de la tragédie, que l'on sent inéluctable et redoutable. Même si Loyal Ledford reste le personnage principal du roman, Glenn Taylor développe sans cesse tous les autres personnages de sa famille, de la communauté de l'Os à Moelle et des satellites (politiciens véreux, truands) dans cette fresque qui court de 1941 à 1969.
Glenn Taylor confirme son talent et signe un Grand Roman Américain [souvenez vous] et un superbe roman.
Signé Stéphane
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[Pierre m'a envoyé un papier après la publication, le voici :]

