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SERENDIPITY

Shotgun down the avalanche* : sur Balistique de D.W Wilson - une lecture critique de Gaëlig

29 Mars 2015, 15:30pm

Publié par Seren Dipity

"J'ai caressé une cicatrice sur ma joue, à peu près aussi longue qu'un canif et je me suis interrogé un instant sur les morts et les disparus."

"Si je devais mettre le doigt sur l'instant où tout a Commencé avec un C majuscule, l'été où le passé de ma famille est venu frapper à ma porte, je dirai ceci : à quatre-vingt-deux ans, Granp' a fait un infarctus."

 

Si ces deux phrases que l'on trouve dès les premières pages du roman ne vous donnent pas envie de poursuive, soit. Mais, pour ma part, elles ont contribué fortement à me happer. Je me souviens avoir ressenti cette excitation singulière qui m'assaille toujours dès que je sens que j'ai entre les mains un EXCELLENT livre.

 

Si on choisit de poursuivre notre lecture, on plonge alors dans la vie -de famille- d'Alan West, jeune trentenaire paumé à la fois dans l'écriture de sa thèse et dans sa vie sentimentale. Il trouve refuge chez Cecil West, son grand-père qui l'a élevé, le temps de souffler un peu. Seulement voilà, le Granp' a 82 ans et fait donc un infarctus.

A son réveil, il demande à Alan de partir à la recherche de Jack West, son fils unique et aussi le père d'Alan qui l'a abandonné très tôt, tout comme sa mère d'ailleurs...

S'en suit un road trip dans les montagnes rocheuses canadiennes en proie à des incendies sans précédents, où la chaleur et l'odeur de brûlé colorent le voyage. Alan sera accompagné par le chien de Cecil, Puck, un animal extrêmement bien conté, quasi réel, et par Archer Cole, son grand-père maternel, dont il n'avait jusqu'alors aucun souvenir...

"Le truc lorsqu'on voyage sans destination précise, c'est que le voyage devient la destination, un champ infini de destinations."

 

En fait, cet été-là, Alan va faire la connaissance de sa famille au complet, lui qui s'était construit autour d'un seul être - mais pas n'importe lequel - Cecil West. Un homme têtu, de peu de mots, assombri par la mort brutale de sa première femme. Et bien qu'il ait trouvé à nouveau l'amour avec Nora, superbe femme au caractère trempé, il n'arrive pas à la demander en mariage, à l'aimer comme il le faudrait... Et on comprend très vite qu'elle ne restera pas avec Cecil et qu'un triangle amoureux sera la pièce centrale du puzzle de l'histoire familiale.

 

En effet, dès le départ, le récit du road trip d'Alan, d'Archer et de Puck alterne avec les souvenirs d'Archer, depuis sa rencontre avec Cecil et Jack jusqu'au moment où le cercle familial se brisera, peu après la naissance d'Alan. Cette construction donne d'ailleurs un effet de suspense à l'histoire, très bien rythmé et finement dosé.

 

Secrets de famille mais surtout complexité des relations humaines sont au coeur de ce roman où, dans ce milieu très masculin, on ne dit pas ses sentiments facilement. Une histoire dramatique où pourtant l'humour est de mise  dans des dialogues truculents et les personnages hors du commun que sont Cecil et Archer.

Une histoire de famille peu ordinaire donc, où les sentiments amoureux et amicaux prônent sur le rationnel. Le prix à payer étant l'éclatement de la famille, les souffrances et, peut être, la liberté de chacun : "On ne choisit pas sa famille  et pour reprendre les mots de ma mère, on ne choisit pas vraiment ceux à qui on tient." ou plus loin : "La vérité la plus triste de toutes, c'est que soit on perd ceux qu'on aime, soit ce sont eux qui nous perdent".

 

Dans ce Canada rural au coeur des montagnes, le dépaysement est garanti. On y trouve un microcosme de personnalités très fortes qui entourent ce "gamin" en proie à un voyage initiatique des plus mouvementé où il rencontrera sa mère Linnea... qui l'accueillera de la manière la plus improbable (et pourtant, on y croit) : "Pas même un froncement de sourcils - elle ne regrettait rien et elle n'allait pas nier la vérité". Et au bout du voyage, il y aura son père, ermite solitaire qui attendait ce moment depuis trente ans : retrouver son propre père...

"Tous les chemins mènent à Jack West, même le mien, même si j'avais réussi vingt neuf années durant à tracer ma route sans être hanté par son spectre."

 

J'ajouterai que la traductrice Madeleine Nasalik a fait de l'excellent boulot pour retranscrire si parfaitement les effets de cette prose à la fois poétique et très masculine...

Deux petites citations pour clore tout ça :

Une qui m'a fait rire:

"Le plat pays- si plat qu'on pouvait regarder son chien fuguer durant deux semaines."

L'autre, si vraie :

"La plus grosse peur d'un gamin de vingt ans, c'est que le meilleur soit déjà derrière lui."

 

Signé Gaëlig

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* L'immense Shawn Colvin ICI. Et comme nous sommes sympas sur Serendipity, nous vous avons trouvé une version avec la non moins grande Alson Krauss... 2 belles femmes, 2 voix, 10 cordes. La classe.

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Love's in need of love today* : sur Love de Richard Morgiève - une lecture critique et apocalyptique de Stéphane

8 Mars 2015, 10:06am

Publié par Seren Dipity

Dernière partie d'un trilogie ambitieuse, Love fait suite à United colors of crime  et Boy ICI qui exploraient, déjà, le rapport des personnages de Morgiève (et de Morgiève lui-même) à leurs histoires personnelles - ou à leur absence d'histoire**.

Ca débute comme ça :

"La fin du monde est survenue après Montélimar."

Le monde prend fin alors que Chance execute sa mission. Une centrale explose et ce n'est que le début de l'apocalypse. Chance poursuit sa mission - tuer Arsanjani -, sous l'oeil de Contrôle, cette organisation secrète qui a fait de lui une machine à tuer, sans âme, sans passé et même sans présent sinon celui qui lui est dicté par Contrôle via des lunettes, capteurs et autres implants. Lorsqu'il croise la route d'une femme dont la flamme vitale semble s'être fracasser sur l'autel de la somnolence conjugale, Chance est ébranlé et découvre que le salut ne peut venir que de l'amour. Il n'aura de cesse de retrouver cette femme et de découvrir qui il est vraiment. Quitte à s'inventer en avançant.

Le roman s'ouvre, avec, en exergue, deux citations extraites de Van Vogt, Le Monde des A et le livre de l'Apocalypse. Deux intertextes liminals qui sont des clés de Love. Le Monde des A, que l'on retrouve dans le roman, est le récit d'une quête identitaire et L'Apocalypse trouve deux autres intertextes eschatologiques célèbres : La Route de Cormac McCarthy et Malevil de Robert Merle. Lancé à toute allure, Love offre une vision hallucinée de ce monde en train de sombrer, "Une agitation extrême, désespérée. Une sorte de zoom sur la société humaine, vaine et si fragile."

Alors que s'organise le chaos ("Chacun pour soi, le désastre pour tous.") singée par la parole des autorités ("Des mots de président sans destin.") et celui des médias ("Kevin Levine pour Direct Apocalypse. L'émission qui donne la parole aux naufragés de l'atome, à celles et ceux qui sont dans la tourmente."), Chance fonce, tête baissée, vers le seul avenir qui lui reste "Dans la nuit atomique, sur les traces de la mort et du pire." Et bientôt dans le silence. Plus de technologies, plus de médias (ce qui nous crève et nous nourrissait dans Boy). Faut tout ré-apprendre. Même à se nourrir.

Dans ce récit virtuose du chaos final, Richard Morgiève parvient encore à surprendre avec cette quête folle et terriblement humaine, entre survie et rédemption, liberté et amour.

Un roman âpre, hypnotique avec cette langue que Morgiève aime malmener depuis toujours. 

"- Foutez le camp, a dit le libraire en se levant. Ce n'est pas l'histoire qui fait la littérature mais la façon de l'écrire... D'imposer la chimère. Sans chimère pas d'histoire non plus."

Puisque le sens a disparu, restent les lettres qui composaient jadis les mots et le sens - d'où ce jeu de piste sur certaines lettres, X, Y ou I.

Que s'est-il passé? Pourquoi la fin du monde? La réponse est à chercher - si vraiment vous y tenez -dans notre présent. 

"Dans le nouveau monde qui sortait par césarienne du ventre de l'ancienil y avait forcément des questions mais avant il fallait trouver les solutions. Le risque intégral que l'ancien monde avait couru l'avait désintégré, il se reformait, s'agglomérait autour de concepts inconnus, différents."

La découverte du nouveau monde s'accompagne - ne peut s'accompagner que - de la prise en mains de la liberté, de son propre corps. Chance - hasard en anglais - brise les chaines et broie la contingence. 

"Chance a ôté ses lunettes, il en avait assez d'Arsanjani, d'être perpétuellement raccordé à ceux qui l'utilisaient comme un pion. Sans lunettes, le monde était différent. C'était sûr. Il vivait depuis combien de temps avec ? Il n'en avait aucune idée. Il était peut-être né avec ? C'est à lui-même qu'il devait désormais poser des questions. Il faudrait qu'il apprenne. La femme le raccordait à sa décision de ne pas tuer. Sa prise de liberté et la femme étaient liées. La femme avait disparu, restait la liberté. La prendre vraiment. Etre libre le reste de sa vie."

"Il se mutilait tout de suite, sans attendre. Il voulait vivre libre, arracher de son corps les fers avec lesquels on l'avait chosifié."

Finalement, peu importe ce qui a provoqué le merdier... Morgiève est une sorte de nihiliste romantique. "Qu'est-ce qu'ils nous ont laissé, les matins qui chantent... On a plus qu'à être amoureux, comme des cons..."***

De Je pense, donc je suis à J'écris mon histoire, donc je suis et, enfin, à J'aime, donc je suis.

"Peu importait son prénom. C'était elle. Elle était là dans le sentiment de joie et de liberté qu'il éprouvait, là dans ce nouveau monde de fumées et de poussières. Partout dans ce monde de mort. A quoi aurait servi la vie, sans elle ? La fille était là, à la fin du monde et elle changeait tout. Donnait du sens à ce qui n'en avait jamais eu pour Chance. La fille ce n'était pas le but d'un jeu. La fille n'était pas un but. Elle était un tout. Non, le tout. Chance s'est arrêté de courir, stupéfait par la place que la fille prenait dans sa perception. Dans son esprit. La fille mettait ce i qui changeait tout dans amer."

"Il l'aimait, il l'aimait, il l'aimait. Plus que le mot aimer, le mot amour."

 

Avec Morgiève, "C'était l'opéra du Big End : tout était impossible mais tout avait eu lieu."

La fiction, c'est peut-être ça.

La littérature, c'est Love.

Signé Stéphane

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** "Impossible de narrer la vie, c'était toujours incompréhensible. Abracadabrant et aberrant."

*** Un Monde sans pitié.

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In the cold, cold night* : sur Temps glaciaires de Fred Vargas - une lecture critique et réchauffante de Gaëlig

4 Mars 2015, 17:15pm

Publié par Seren Dipity

Tout a commencé par un (petit) accident de travail (au cutter... Dieu que ce métier est dangereux), qui m'a obligé à choisir un livre à la va-vite parmi les étagères de service de presse entassés dans notre bureau, avant de devoir aller aux urgences où quelques heures d'attente -et de lecture- m'étaient destinées.

Et c'est Temps glaciaires qui s'est retrouvé dans mon sac. Moi qui étais en recherche intense de bons bouquins  de toutes origines et contextes sauf de la France, - le Prix Landerneau avait réussi, comme chaque année, à me lasser pour un bon moment de la littérature française-, j'étais servie...

Et bien, au final, j'ai dévoré ces 500 pages de polar français où finesse, intelligence, humour, noirceur-mais-pas-trop en font un sacré bon "page turner".

 Il faut l'avouer aussi : c'était mon premier Fred Vargas. J'ose le dire car je sais que je ne suis pas la seule mais pour un libraire, c'est un peu étonnant je vous l'accorde.

 Du coup c'est bel et bien une lecture toute fraîche que vous avez là, il n'y aura aucune comparaison avec les douze autres romans qu'elle a publiés, presque tous aussi best-seller les uns que les autres.

J'ai donc découvert ses personnages absolument truculents : le commissaire nonchalant et mystérieux  Adamsberg et le lieutenant encyclopédique et anxieux Danglard, le mignon lieutenant Veyrenc, l'imposante Violette Retancourt et Lucio, le voisin aux drôles de conseils quand ça nous "gratte"  ... ("C'est une pensée que t'as pensée et que t'as pas fini de penser. Faut pas perdre ses pensées comme ça, Hombre.")

Quelles sensations lorsqu'on rencontre des personnages comme cela en lisant! Pour moi, ils font partis d'une shortlist de personnages qu'on est heureux d'avoir connu, qu'on regrette de laisser une fois le livre lu, avec qui on aimerait aller boire un verre... C'est précieux quoi.

En 2011, Fred Vargas accorait un interview à l'Express et j'y ai glané deux trois phrases comme celle-ci:

"Mais c'est aussi un défi de reprendre les mêmes personnages, de les décrire à chaque fois pour les lecteurs qui ne les connaissent pas. J'aime avoir une bonne troupe de gens ensemble. C'est quelque chose qui doit remonter à l'enfance. Cette culture du groupe, ce côté Club des cinq, me séduit, alors que je suis une solitaire."

 Ajoutons à ces rencontres "humano-littéraires" une intrigue, ou plutôt deux, bien menées et avec pour mots clés : Robespierre et l'Islande. A priori, on n'aurait pas idée d'associer ces deux mots avec leurs univers pour une histoire, et c'est d'ailleurs ce que se disent les flics chargés d'enquêter sur une série de meurtres, qui pourtant, ont en partie, ces deux points communs.

La question est donc : que relie l'Association d'Etude des Ecrits de Maximilien Robespierre, son Paris de la Terreur, ses joutes verbales à l'Assemblée, ces guillotinés et ces bourreaux, à ce pays qu'est l'Islande et où un mystérieux et funeste huis-clos eut lieu dix ans auparavant? On est bien d'accord, tout cela forme une "monumentale pelote d'algues desséchés", dixit Adamsberg.

Je n'irai pas plus loin dans l'intrigue parce que je risque bien de m'y emmêler moi aussi...

 Il me faut également dire que tout autour de ces intrigues et protagonistes, j'y ai aussi trouvé un humour peu banal, en filigranes, principalement disséminé dans les dialogues et qui contribue clairement à faire de cette lecture un moment de détente et de plaisir. C'est décalé, et finement dosé.

Bref, tout est là : les personnages dont on ne pourra plus se passer, leur légèreté et leur complexité, les thématiques de fond (ici le fanatisme, la survie et les mystères familiaux) et... Marc le marcassin (qu'on voit sur la couverture et qu'on apprend à connaître dans le livre...).

On est dans du roman policier un peu à la Agatha Christie, un peu classique mais, tout de même, bien dense. On y voyage beaucoup, dans le temps, dans l'espace... C'est riche et bien foutu. Et non, ça ne fait pas peur, ce n'est pas un thriller, le suspense n'est en effet pas le moteur du livre :

"Je rêve toujours que j'écris un bon suspense et que les lecteurs auront enfin peur. Mais rien à faire, j'écris des histoires où il n'y a pas de suspense et où on n'a pas peur. Ça m'énerve mais c'est comme ça ! Même quand j'écris des romans avec des vampires, comme dans Un lieu incertain, je ne parviens pas à faire peur. On peut dire ce qu'on veut de Mary Higgins Clark, mais elle se débrouille pour installer un suspense qui marche. Et moi, je n'y arrive pas, personne n'a peur... "

 Je suis donc ravie de ma découverte. Je m'en irai bientôt, quand le besoin se fera sentir, retrouver mon pote Adamsberg en me plongeant dans un autre Fred Vargas.

Signé Gaëlig

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* The White Stripes, ICI.

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Cinquante nuances de gr...yffes! : sur Ric Rac d'Arnaud Le Guilcher - une lecture critique et lubrique de Stéphane

27 Février 2015, 13:50pm

Publié par Seren Dipity

Je l'avoue d'emblée : j'ai une tendresse pour Arnaud Le Guilcher. Il est drôle, il aime les bêtes, il aime le rock, et il est d'un romantisme torride. Bref, Arnaud c'est votre meilleur pote. En mieux.*

Pour ceux qui seraient encore dans l'ignorance la plus crasse et continuent de penser que le roman drôle en France est mort avec Frédéric Dard et qu'aujourd'hui la relève c'est Puertolas**, voici ce que vous avez raté : En moins bien ICI, Pas mieux LA et Pile entre deux AU FOND A GAUCHE.

Ca débute comme ça :

"Si je devais me présenter, je dirais ça : je m'appelle Jean-Yves mais tout le monde m'appelle Jeanyf. J'ai quatorze ans. Je suis un pécore qui vit à La Sourle, un village situé en lisière du trou du cul du monde."

Immédiatement, la plume d'Arnaud est là. Drôle et fluide. Efficace. Jeanyf donc. Jeune footballeur, il ne lui manque de 40 cm pour pouvoir devenir une star du ballon. Il a un été pour grandir sans quoi il ne pourra intégrer le centre de formation... C'est Michel Platane qui l'a décidé : "Pour resituer Michel Platane à ceux qui ne le connaissent pas, il suffit de dire qu'il fait partie de cette génération de fooballeurs perdue enre celle de Platini et celle de Zidane. Obscur vendangeur de buts tout cuits, tâcheron évoluant en quatrième division, Platane, en tant que joueur, ne valait pas tripette. Il s'est fait un nom dans les instances fédérales en mettant en place un système de formation aux préceptes pas très éloignés de ceux de la Légion étrangère : endurance, discipline, soumission."

Bref, Platane prend sa revanche sur cette voyelle qui le sépare de la gloire.

Pour Jeanyf, la gloire est au bout du chemin. Enfin, surtout des quarantes centimètres qui lui manquent. De retour à La Sourle, où "à part vieillir y a rien à faire", il doit gérer la douce folie de son père, complètement ravagé par la perte de sa femme Yvette pour laquelle il a transformé leur maison en Taj Mahal singulier : ses sculptures d'Yvette sont omniprésentes. Mais genre omniprésentes partout, hein ! Jeanyf va chercher de l'aide auprès de son oncle, Pierryf, sorte de rebouteux aux odeurs de patchouli qui ne manipule pas que des tisanes. L'été prend une sacrée tournure quand un couple achète la grande demeure à côté de chez eux et transforme la maison en lupanar haut de gamme avec donjon aménagé, sex-toys à gogo et perversions en tous genres... Et quand Jeanyf rencontre la fille folledingue de ce couple, qu'il en tombe (plusieurs chutes) vaguement amoureux avant de découvrir qu'elle a d'étranges pratiques héritées de Masoch, l'été s'annonce réellement long et chaud!

Evidemment, nous sommes chez Le Guicher donc le pitch n'est qu'un cadre dans lequel s'ébat une galerie frappadingue de ...Yfs (d'où le titre de ce papier, pour ceux qui n'auraient pas encore compris - mêlé à la folie furieuse du moment avec ces foutues Cinquante nuances qui monopolisent le top des ventes...) et qu'Arnaud fait encore dans la fresque bigarrée au langage fleuri et au rythme endiablé qui sont devenus sa signature.

"T'as braqué la déchèterie ?

- C'est ma maison. Mon tipi.

- On peut dire que t'as le confort modeste.

Pour descendre plus bas que mon cousin, faut faire quoi ? De la spéléo ?"

Entre les titres de chapitres ("Récréatif", "Contemplatif", "Réveillon chez Bob", etc) et l'apparition de Cantona ( la "guest appearance" - une autre marque de fabrique d'Arnaud) le lecteur savoure une nouvelle fois le talent fou et l'hilarante liberté de cet Arnaud !

Vous cherchiez un nouveau pote ? Ne cherchez plus !

Signé Stéphane

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* Contraction des premiers titres d'Arnaud... Et j'en profite pour saluer l'autre Arnaud (chez Robert Laffont) qui m'a envoyé le livre... Quand j'vous dis que les Arnaud sont des chics types!

** Garcin au Masque et la Plume qui s'extasiait devant la nouveauté d'avoir un roman drôle en France... Quelle blague ! Quel déconneur ce Garcin !

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Alive and kicking* : sur Quand j'étais vivant d'Estelle Nollet - une lecture critique de Cornélia et Stéphane

23 Février 2015, 14:50pm

Publié par Seren Dipity

Au milieu d’une rentrée de début d’année secouée par une actualité extraordinairement violente et monopolisée sur le plan littéraire par de houleux débats autour de grands noms, il me semble d’autant plus important de prêter une oreille attentive à des voix nouvelles. Parmi les talents émergents du moment, il faut citer à coup sûr Estelle Nollet qui nous emmène loin, très loin sous le soleil brûlant des terres africaines.

Pourtant son roman débute de façon déroutante : quatre personnages - deux adultes, un enfant et une éléphante - se retrouvent dans un non-lieu mystérieux, sorte d’antichambre du néant. Débute alors une séance de visionnage d’épisodes de leurs vies respectives. Tels des pièces d’un puzzle ces flash-backs s’imbriquent et donnent à voir des moments-clés de ces quatre existences dont l’on se rend compte progressivement à quel point elles sont liées.

Il y a là Harrison, le ranger blanc, désabusé et rancunier, qui s’avère porteur d’un double fardeau : profondément imprégné de son Afrique natale, il est héritier d’un ancien domaine colonial servant du temps de son père de réserve de chasse aux gros bestiaux à de riches européens en quête d’adrénaline et de triomphes prestigieux, transformé en réserve animalière. Il porte aussi en lui la blessure béante du deuil de sa femme, arrachée à la vie au cours cette guerre sans merci entre braconniers et défenseurs des animaux.

Puis il y a N'Dilo, l'homme noir, qui s’avère être le garçon qui a été l'âme-sœur du premier, son compagnon de jeu pendant leurs insouciantes années d’enfance au cœur de la réserve – jusqu’à ce que la cruauté du père de l’un (et les mécanismes sociaux et raciaux de cette fin d’époque colonialiste) livrent N'Dilo et sa mère à une vie de misère dont la seule issue s'avère être le braconnage.

Vient ensuite Juma, le garçonnet albinos, rescapé par la seule force de sa volonté au sort réservé à ces semblables dans la Tanzanie voisine et qui s'est lié d'une amitié très forte avec le ranger l'ayant pris sous sa protection.

Le quatrième personnage est Pearl, une éléphante issue de la réserve ; ses prises de parole donnent des aperçus surprenants et touchants de la vie sociale et des capacités intellectuelles de ces pachydermes condamnés à disparaître par la seule soif de profit des hommes.

Dire comment ces quatre destinées sont intimement liées, ce serait trop dévoiler de cette intrigue bien ficelée et très rythmée. Que tout cela finit dans un bain de sang par contre, Estelle Nollet le fait comprendre dès le départ, et cela n'ôte pas au lecteur l'envie de la suivre jusqu'au bout de cette tragédie. De sa plume sobre et efficace, elle emmène nos sensibilités blasées d'européens bien installées dans notre confort matériel et dans nos convictions bien-pensantes au cœur des drames humains et animaliers qui se jouent sur le sol africain, au vu et au su de tous et dans l'indifférence la plus totale. Mais Estelle Nollet ne pointe pas du doigt tel ou tel coupable, elle montre comment hommes et bêtes sont pris dans des spirales de violence et de destruction qui broient les plus faibles. Une vision sans fard d'une humanité qui malgré ses valeurs, ses bonnes intentions et sa capacité à aimer, est condamnée à détruire. Reste  que le livre est aussi un formidable roman d'aventures procurant un intense plaisir de lecture.

A découvrir sans tarder donc.

Signé Cornélia

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Cornélia a raison de faire de Quand j'étais vivant l'une des belles surprises de cette rentrée de l'hiver.

Ca débute comme ça :

" 'Harrison, j'ai peur.

- Peur de quoi ?

- Du noir.

- Tu as marché des centaines de kilomètres de nuit pour fuir ton pays, comment peux-tu avoir peur du noir maintenant ?

- C'est différent. Maintenant on est morts.

- Justement, qu'est-ce que tu crains ?' "

L'ouverture in ultimas res (après la fin) est peu courante, bien qu'à y réfléchir, elles soient à l'oeuvre et sous-entendue dans beaucoup de romans.  Quand j'étais vivant / "Maintenant on est morts." : voilà qui donne un sacré cadre à cette fabuleuse histoire d'amitié, de rédemption, de survie. Mais dévoiler que les personnages sont morts ne dit finalement rien. Ni de leur mort, ni de leur vie. Le lecteur n'est pas au bout de ses surprises. Et même au terme de ces vies et de ces morts, il en aura encore. Parce qu'Estelle Nollet sait le pouvoir d'une histoire bien racontée. De ces quatre morts, nous ne savons rien. Des massacres et des mutilations des éléphants et des albinos, nous ne savons rien. Du travail d'un ranger et de la lutte contre le braconnage, nous ne savons rien.

Si le recours à cette projection dans un non-lieu posthume peut sembler artificiel - alors qu'il ne l'est pas plus que le truc éculé du journal retrouvé planqué au fond d'une malle (et le Paradis? et mon cul, c'est du poulet ?) -, il permet de donner voix et corps à des personnages forts qui marquent le lecteur et construisent ce formidable puzzle de destins. Constitué d'épisodes marquants, servi par une écriture dynamique et efficace, Quand j'étais vivant fait vibrer cette Afrique qu'Estelle Nollet connait bien. Et le lecteur avec.

Alors oui, à découvrir.

Signé Stéphane

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* Simple Minds.

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Old man* : sur Les Arpenteurs de Kim Zupan - une lecture critique de Stéphane

18 Février 2015, 10:46am

Publié par Seren Dipity

Le roman aurait pu être publié dans la Noire, mais c'est la collection Nature writing qui accueille  le premier roman de Kim Zupan. Les éditions Gallmeister ont trouvé un auteur qui sied à tous leurs plaisirs.**

Ca débute comme ça :

"A l'automne de cette année-là, le garçon descendit du bus au bout de la route sèche, la haie de buissons vrombissant du crissement des sauterelles affolées qui bondissaient à son passage depuis les hautes herbes et le feuillage pâle et poussiéreux des oliviers de Bohême, se heurtaient à son pantalon et se précipitaient contre les pans de sa chemise."

La première scène du roman est un choc pour le lecteur. Pour le jeune futur flic,  c'est le choc originel : il découvre sa mère pendue.

Passé ce prologue, nous sommes plongés au coeur du roman, avec l'un des derniers coups d'un vieux tueur. "L'homme le plus âgé, qui répondait au nom de John Gload, se pencha pour attraper un sac de grains contenant les mains et la tête coupée du jeune qu'ils venaient d'ensevelir dans la terre fine et stérile des Missouri River Breaks. Des ossements anonymes, à présent, parmi tant d'autres - la sombre signature de John Gload sur le paysage, sur cette planète."

John Gload a soixante-dix-sept ans lorsqu'il est arrêté. Il attend patiemment les forces de l'ordre sur sa véranda. Plus tard, même enfermé, "l'ogre" reste une menace terrifiante.

"Ne vous laissez pas berner par son sourire, Val, ni par son âge avancé. Vous avez vu ses mains. Il pourrait presser la sève d'une bûche."

L'adjoint du shérif, Val Millimaki est chargé de surveiller les prisonniers la nuit.

"Millimaki ne parvint pas vraiment à s'accoutumer à cet endroit tant, pendant ces huit ou dix heures de service, sa vie ressemblait à celle des prisonniers dans leurs cages."

Quand il n'est pas de garde, il hante les étendues du Montana, à la recherche des personnes égarées ou disparues. Qu'il retrouve souvent mortes.

"Mais il préférait le travail sur le terrain, au grand air, avec son chien de berger de trois ans, à pister les disparus dans la forêt, la broussaille, les canyons abrupts, des terres vierges, ces coins oubliés ou non référencés sur les cartes qui ne donnaient qu'une vague approximation de notre place en ce monde."

Arpenter le Montana de long en large est sans doute ce qui rapproche le plus Val Millimaki de John Gload... C'est ce lien si puissant avec cette terre, et la bonté que Gload perçoit en Millimaki, qui permet à l'étrange relation de naître entre les deux hommes séparés par une grille. Au fil des nuits de veille, qui se prolongent par des insomnies diurnes destructrices pour Millimaki et son couple, il écoute les confessions terribles de John Gload.

"Gload s'était encore avancé sur sa chaise et il était positionné à moitié dans la lumière, à moitié dans l'obscurité, comme s'il avait été coupé en deux et exposé là, la tête et les épaules d'un criminel empaillé, un trophée présenté aux touristes et aux enfants dans un diorama de l'univers carcéral : une table, une chaise, une couchette. Un tueur."

Malgré ses crimes depuis 64 ans, Gload est capable de se montrer aimable et plutôt chaleureux. Et quand il raconte un crime qu'il n'a pas commis (tuer les pensionnaires grabataires d'un hospice -pour abréger leur déchéance) il précise à Val que cela aurait été pour lui un "acte de bonté". Il veut que Val sache "comment fonctionne le monde." 

Ponctué de passages magnifiques où la dureté du climat du Montana n'a d'égal que la beauté de ses paysages, Les Arpenteurs offre un portrait saisissant du Bien et du Mal, loin de tout manichéisme simpliste. Kim Zupan, dont c'est le premier roman, écrit l'expérience de la mort en alternant les destins de deux personnages particulièrement forts. La langue oscille entre le lyrisme poétique conjuré par le paysage battu par les intempéries et la brutalité sèche, celle des hommes.

Noir comme une nuit sans lune, Les Arpenteurs séduit et tourmente son lecteur comme un crépuscule. SPLENDIDE !

 

Signé Stéphane

Traduction de Laura Derajinski, voir ICI. Et sur le blog serendipity, ICI (David Vann, Swarthout, Warren Ellis, Duiker, etc)

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* Neil Young.

** C'est l'occasion de saluer la naissance d'une toute nouvelle collection chez Gallmeister : Néo (présentée par Oliver Gallmeister himself, ICI) dont l'idée semble est née lors de la publication de l'excellent Pike (souvenez, nous étions trois lecteurs, ICI) qui du coup va être réédité dans cette nouvelle collection sous le numéro 0.

Pour les "puceaux de l'horreur comme de la volupté" (comme dirait Louis-Ferdinand) : le catalogue Noire est LA, et le catalogue Nature Writing est LA.

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Aube Rouge A Grozny : sur Une constellation de phénomènes vitaux d'Anthony Marra - une lecture critique de Pierre

17 Février 2015, 09:00am

Publié par Seren Dipity

Nous sommes en Tchétchénie entre 1994 et 2014. Havaa, huit ans, fuit sa maison brulée par les russes. Son père vient d’être enlevé, elle est seule. Akmed, son voisin la recueille et pour la protéger l’emmène au seul endroit qu’il croit sûr : l’hôpital No 6 , où ils rencontrent Sonjaa, femme médecin qui a quitté Londres pour revenir soigner les blessés. Sonjaa aussi a une triste histoire avec sa soeur Natasha qui revient de loin (drogue, prostitution entre les mains des mafieux régionaux). Pendant cinq jours, ces trois là vont se côtoyer, apprendre à se connaître et partager leurs souffrances. En quelques jours, on traverse l’histoire de ce pays à travers les flash back de chacun, on apprend à connaître cette région du monde marquée par ces deux guerres terribles.

Les personnages principaux :

Havva, la petite fille devenue orpheline.

Akmed et sa femme.

Sonja, la femme médecin. (Seul médecin de l’hôpital No 6)

Natasha, la sœur de Sonja au lourd passé.

Le vieux militaire Khassan qui n’a toujours pas fini son livre de 3000 pages sur les origines de la civilisation Tchétchène.

« Il avait parcouru son chemin de sang à travers l’Ukraine, la Pologne et l’Allemagne. Il avait reçu deux balles dans la cuisse gauche, perdu trois compagnons morts de froid, tué vingt-sept nazis par balle, quatre au couteau, trois à mains nues, combattu sous cinq généraux, libéré deux camps de concentration, entendu les innombrables voix des anges dans le tonnerre des mortiers, et chié sur la commode de Reichstag pour fêter à sa manière la défaite de l’Allemagne nazie. »

Ramzan, le traitre qui a opté pour la dénonciation. ( Est-ce par hasard que ce personnage a le même prénom que le président, désigné par Poutine ) de cet état?

Extraits:

« Quand Ramzan avait l’impression d’être un criminel, il se souvenait qu’un pays sans loi était un pays sans crime. »

« Tu es ma chair. Je te reconnais comme mien. Nous enroulons nos âmes à nos misères mutuelles. C'est cela qui fait de nous une famille. »

« C’était peut-être là que l’Histoire avait atteint son ère ultime. Une civilisation sans classe, sans propriété, sans état ni loi. Peut-être était-ce aujourd’hui le point final. »

« -Tolstoï était ici, il y a deux siècles, déclara Akhmed. Il y avait déjà une guerre. Et il a écrit un roman sur ce sujet (…) Le livre s’appelle « Hadji Mourat ».

« Selon la tradition populaire, Dieu avait éparpillé les ethnies sur la terre avec une salière, mais celle lui avait échappé des mains au dessus du Caucase et ainsi quelques grains de chaque peuples avait atterrie dans ses vallées. »

Et aussi

A lire ou à relire :

A écouter :

 

Pour allez plus loin :

A mon humble avis :

Attention, chef d’œuvre. C’est un premier roman sublime. Au travers des vies de ces quelques personnes, c'est une revisitation de l'histoire de ce pays plombé par deux guerres. Mais se pose aussi la question des identités nationales ou particulières.

Sans pathos, sans emphase avec une superbe sobriété on entre dans la vie de ces hommes et de ces femmes qui vivent la guerre et la barbarie. Chacun des personnages apporte un vécu particulier et une histoire, de la petite fille enfant de la guerre aux deux sœurs russes et tchétchènes, ainsi que tant d'autres qui souffrent, se battent, ou tout simplement subissent la contrainte d'une vie parsemée de la constellation de phénomènes vitaux. Vivre en paix un jour peut-être.

A lire absolument.

Signé Pierre

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Astrolabe romanesque : sur Les Luminaires d'Eleanor Catton - une lecture critique de Stéphane

15 Février 2015, 15:43pm

Publié par Seren Dipity

En 988 pages Eleanor Catton démontre que le grand roman du XIXe siècle n'est pas mort.

Ca débute comme ça :

"Les douze hommes assemblés au fumoir de l'hôtel de la Couronne donnaient l'impression d'un groupe réuni par le hasard."

Mais l'impression est évidemment trompeuse. Et puisque cette idée ouvre le livre, gardons-la en tête : ce sera souvent le cas dans ce grand roman du mensonge, de la tromperie, des faux-semblants, de l'arnaque.

Les douze hommes réunis cette soirée de 1866 dans la ville portuaire de Hokitika, sur la côte ouest de la Nouvelle-Zélande, sont là pour tenter de faire la lumière sur une série d'événements qui se sont produit dans la petite communauté des chercheurs d'or et des notables de la ville.

Un homme est mort, une fortune a été retrouvée sur sa propriété rapidement réclamée par une veuve dont on ignorait l'existence. Une prostituée opiomane a voulu se donner la mort et se réveille en prison, la robe pleine d'or caché dans les coutures. Un jeune homme riche a disparu après avoir passé la nuit avec cette prostituée. Une malle s'est évaporée mais pas pour tout le monde. Un inconnu vient d'arriver sous une fausse identité, à bord du bateau d'un mystérieux capitaine balafré...

Roman d'aventures, roman policier aux allures de western parfois, grand roman d'amour, flirtant avec le mystérieux et l'ésotérisme en vogue de l'époque, Les Luminaires bénéficie d'un art de la narration hors pair. Brassant les genres, multipliant les points de vue, Eleanor Catton promène son lecteur des comptoirs de Hong Kong dans les années 50, aux camps de chercheurs d'or, des tentes à opium aux bordels... La construction, très habile et qui ose afficher sa présence (avec ces introductions/résumés en début de chapitres) dévoile la conception du roman presque matériellement.... : plus nous avançons dans le roman, plus les chapitres se font courts, jusqu'à ce point de fuite, à la fin du roman, où les résumés introductifs sont trois fois plus longs que les chapitres mêmes... Eleanor Catton travaille ses personnages comme son intrigue et ses multiples affluents, couche après couche, au gré du mouvement des étoiles dans le ciel.

Brillant!

 

Audiobook lu par le caméléon des accents, Mark Meadows. Traduction lumineuse d'Erika Abrams.

Signé Stéphane

 

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"I am a great beliver in serendipity !" / "Je crois énormément aux caprices du hasard !"

 

 

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Prix Landerneau : les lauréats !

11 Février 2015, 19:45pm

Publié par Seren Dipity

Prix Landerneau : les lauréats !

Après de belles délibérations, le jury, composé de douze libraires des Espaces Culturels sous la présidence d'Adrien Goetz, est parvenu à départager les excellents romans sélectionnés avec soin.

 

PRIX LANDERNEAU ROMAN 2015 :

 

PRIX LANDERNEAU DECOUVERTE 2015 :

 

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Love for sale* : sur Amours de Leonor de Recondo - une lecture critique de Pierre

10 Février 2015, 13:45pm

Publié par Seren Dipity

1908, à Saint Ferreux sur Cher. Céleste est une modeste employée dans la maison de  Boisvaillant. Son patron use de son droit de cuissage régulièrement sur elle, bien que marié  à Victoire. Ce qui doit arriver arrive, Céleste tombe enceinte et le couple Victoire et  Anselme de Boisvaillant décide de garder l’enfant,  eux-mêmes, ne pouvant pas en avoir. Mais Victoire n’a pas vraiment la fibre maternelle. Céleste retrouve le soir son enfant délaissé mais aussi par contrecoup sa maîtresse, Victoire. Entre amours charnels, entre ces deux femmes, et l’amour maternelle que Céleste a pour son fils, né batard et seul héritier de la famille, mais reconnu par le couple bourgeois, une sulfureuse relation s’installe. Dans cette ambiance feutrée les tabous sautent un à un et l’on découvre la face cachée de cette famille si parfaite en apparence.

Extraits :   

« Pierre observe Victoire. Il réalise que cette femme si élégante qui, d'une certaine manière régit leurs vies, est à la merci des mains de sa femme. Comme une enfant, chaque matin, elle a besoin d'elle pour se vêtir. Leurs existences à tous sont finalement étrangement imbriquées, c'est ce qu'il comprend tandis qu'elle jette un deuxième corset dans un grand éclat de rire. Ils sont tous dépendants les uns des autres, chacun à sa manière, liés aux us et coutumes, liés à leur rang social. »

« Ni Anselme, ni Céleste  n’entendent les plainte  du lit qui supporte l’amour forcé. »

« L'amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant leur offre un écrin. Point de velours cramoisi, point d'alcôve confortable, mais un lit de fer et une couverture de laine qui leur gratte la peau. L'éblouissement à portée de doigts et de langues. »

Les personnages:                            

Anselme de Boisvaillant, notaire

Victoire, la femme  d’Anselme qui découvre sa sexualité dans les bras de Céleste.

Céleste, jeune provinciale qui se bat pour survivre.

Huguette, femme de ménage  avec son mari Pierre revenu sourd de la guerre.

Et aussi :     

 A lire bien sûr :

A mon humble avis :                        

Après son merveilleux roman Pietra Viva, j’attendais ave impatience le nouveau Léonor de Récondo. Eh bien, je ne suis pas déçu. Elle confirme son talent, avec une maîtrise du mot juste et délicat;  elle nous fait vibrer. Roman sur une certaine bourgeoisie de province. Loin des clichés, elle aborde avec délicatesse les tabous encore présents dans notre société. Homosexualité féminine, amour maternel, ou esclavage sexuel non identifié  mais pourtant bien existant encore dans un certain milieu. Tant de non-dits font de ce livre un roman qui donne à réfléchir sur notre société si  libre. Mais c’est surtout la pureté délicate de ces « Amours »  passionnés (amour maternel inconditionnel, amour saphique incontrôlable)  que l’on retiendra.  Encore un livre à lire de suite…

Signé Pierre

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* Ah cette excellente reprise des Fine Young Cannibals... sur ce fameux album charité de reprises... ICI.

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